La presse parle de la vente de sextoys en réunion

Article publié dans Ouest France

Ces soirées filles où l’on parle sexe sans tabou

Du nouveau du côté des ventes à domicile : depuis un an et demi, Céline organise des réunions où s’achètent des jouets intimes. L’occasion d’aborder la sexualité.

« Avant, on regardait Friends (une série télévisée) pour une soirée pyjama. Là, c’est différent, tout le monde parle et se réunit pour autre chose qu’un verre ou une cigarette. » Il n’y a que des femmes, elles sont 14 et leurs copains sont sortis boire un canon. Ce soir, Céline anime la soirée : elle vend des sex-toys. En clair, des jouets intimes, des objets utilisés pour le plaisir sexuel. 

On les surnomme les réunions « tuppergode ». Des variantes des soirées de vente à domicile où s’achètent, non pas des articles de cuisine, mais des huiles de massages, des crèmes ou encore des vibromasseurs. Dans la région sarthoise, Céline fait marcher son petit commerce depuis un an et demi. « On commençait à en entendre parler dans les magazines, se souvient cette mère de famille de 36 ans, une ancienne Lyonnaise, installée au Mans depuis trois ans. Mes amis m’ont demandé : tu ne pourrais pas nous trouver ça ? »

Le phénomène serait en pleine explosion. Dixit les vendeurs. Selon Libération du 11 février, le taux d’équipement en sex-toys est de 12 % en France. Contre 54 % en Angleterre et 52 % aux États-Unis. Le plaisir féminin a même son magazine : S’Toys s’est glissé dans les kiosques depuis février 2007.

« On invite ses copines »

Autour de Céline, ce vendredi soir au Mans, elles ont entre 20 et 29 ans. Seules quelques-unes ont déjà une réunion à leur actif. Elles sont opticiennes, auxiliaires de vie ou assistantes commerciales. Assises sur des coussins ou sur le canapé, elles entourent Céline, juchée sur un tabouret. Par terre, bonbons et sodas sans alcool. « Il faut être au moins dix pour l’ambiance, compte Valérie (1), l’organisatrice du soir. Elle aura une remise en fonction des achats de ses amies. Tout le monde invite ses copines ». La réunion a commencé à 21 h 30. Et débute par la présentation de crèmes ludiques.

« On va passer aux choses sérieuses », prévient Céline. Exemple : un canard de bain vibrant. Ou des vibromasseurs. Précision de la vendeuse : « Ils sont waterproof ». Rires de l’assistance. « Elles rigolent mais elles se demandent : est-ce que les autres le font ? décrypte Céline après la réunion. Les grandes gueules dans les réunions qui parlent de cul sont en fait coince-coince ».

Un cours d’éducation au plaisir

Pour l’instant, Rose, Sarah ou encore Aurélie se passent plus ou moins sagement les différents objets présentés par Céline. « Ça me fait penser au catalogue de la Redoute », pouffe une des participantes. Virginie ou Samantha, elles, les tiennent peu de temps en main. Un instant, Céline perd le contrôle de la soirée : la concurrence des gâteaux et des chocolats est sans merci.

Vendeuse, Céline se fait aussi maîtresse d’école, le temps d’un cours d’éducation au plaisir. Puis confidente : les achats se font seul à seul avec la vendeuse et sont une occasion supplémentaire de discuter des usages des sex-toys. Sans le regard des autres participantes à la réunion. « Elles étaient plutôt réservées, confirme Céline. De temps en temps, tu es un peu obligée de leur expliquer comment se faire plaisir ». De fait, le mot masturbation ne sera pas prononcé de la soirée. « Il y a des usages personnels ou à deux », élude Marie, 26 ans, conseillère en clientèle. Et si la plupart des filles sont en couple, les célibataires sont un peu honteuses d’avouer leur solitude sentimentale.

« Un break pour les filles »

Ce soir-là, Céline, depuis un an à son compte, vendra un vibromasseur, des crèmes et des produits de massage. Pour une recette de 480 € dont 30 % de marge pour la jeune femme. « Ce sont des produits haut de gamme, la clientèle cherche des produits design, détaille l’animatrice. Et non pas des objets vulgaires. Elle gère son business à Chartres, Paris ou encore Angers. On se rend compte qu’au bout de 5 ou 6 ans de couple, c’est moins fun. On a envie de faire quelque chose pour changer. Ces jeunes femmes n’iraient pas dans les sex-shops ».

Pas glauques comme les magasins spécialisés, ces soirées sont aussi « un break pour les filles », souligne Céline. « Pour le match du Muc, il y a plein de mecs qui ont passé leur soirée devant la télé avec de la bière, s’insurge Marie. Ce soir, c’est notre soirée ». Il est environ minuit et demi. Les copains des jeunes femmes sont de retour. Un brin gênés mais soulagés : leurs moitiés sont toujours là.

 

Gabriel THIERRY.

 

(1) Les prénoms des participantes ont été changés.

Source : Ouest-France

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